Europe au ralenti

La série présentée ici fait partie d’un ensemble d’une vingtaine de photographies sur le thème de l’été, quand le temps passe plus lentement, ralenti par la chaleur. Ce projet a débuté l’été dernier lors d’un voyage de deux mois à travers l’Europe. Il s’agit d’un message photographique pour la réappropriation du temps par les européens, à des fins de bonheur personnel et social.
Les photographies montrent des personnes faisant l’expérience de leur propre vie et mettent en valeur ces moments d’insouciance, quand le temps est oublié, souvent au bord de l’eau. L’eau, par ailleurs, est le fil conducteur de la série. C’est souvent au bord des rivières, des canaux, des lacs ou de la mer que notre imaginaire estival est exacerbé. Je voudrais faire appel aux souvenirs réels ou fantasmés de chacun : l’eau, en particulier la rivière, est un lieu où l’on se retrouve, seul, en couple ou entre amis pour des expériences de vie. Ces expériences sont souvent importantes pour l’individu. La baignade, la nudité, les odeurs, le contact de l’eau (par forcement propre) sont générateurs de souvenirs, souvent liés à l’enfance ou à l’adolescence mais pas que. Le cinéma a d’ailleurs souvent repris le thème de la rivière et de l’eau. Des films comme Monika d’Ingmar Bergman ou Mud de Jeff Nichols m’ont inspirés, pour ne citer que ces deux oeuvres.
Finalement, certains pourraient penser que ces fragments de vie au bord de la rivière ou de la mer ne sont que temps perdu, du temps improductif, du temps négligeable. Je pense au contraire que ce temps est à la fois décisif pour la construction des individus, mais aussi important pour une société saine parce qu’il amène à un bien-être personnel et social. Il s’agit de temps pour rencontrer, pour échanger ou pour se retrouver et réfléchir sur soi-même. Ce temps est bénéfique pour une société saine.
Mes photographies ont été prises dans toute l’Europe, de Stockholm à l’Auvergne, d’Allemagne jusqu’en Serbie. Les personnes photographiées sont des citoyens européens lambda. On remarque que dans tous ces pays, on a une représentation assez similaire de la rivière et de l’eau et que même si le paysage n’est pas pittoresque dans le sens romantique du terme, les points d’eau correspondent à des lieux de partage qui s’inscrivent dans un temps qui est moins perçu ni compté, mais plutôt vécu. Et ce sont ces moments que j’ai essayé de capturer.